Premier travail pour Okapi



Dans le cadre du partenariat avec Okapi, voici le premier envoi pour un dossier qui doit paraître au mois de Novembre dans Okapi... Violence verbale/exclusion....

Okapi-classe journalisme de Descartes à Châtellerault

Après enquête, voici des situations de violence verbale génératrice d’exclusion jugées les plus fréquentes par les adolescents de notre collège (les victimes ont un comportement visant à modifier leur comportement, leur manière d’être afin de ne pas être exclues et le groupe a tendance à se détourner d’elles quand elles sont ainsi stigmatisées ; dans tous les cas, la souffrance est ressentie comme réelle et sérieuse par les élèves)

« Tu t’habilles chez Emmaüs ? » : de loin la plus banale et la plus redoutable par sa fréquence et son impact. Sont visés les ados qui n’ont pas les moyens de s’habiller de vêtements de marque ou de vêtements tendance ; sont visées aussi les « fautes de goût » dont sont responsables les parents ou même les ados qui n’ont pas su repérer la tendance de leur groupe. Dans tous les cas, la victime est exclue de fait, moquée, stigmatisée… Elle cherchera à obtenir de sa famille une réparation ou s’isolera…

« Espèce d’intello » : grave, à la base d’une sorte de terrorisme qui pousse les élèves ayant de bons résultats ou manifestant trop d’enthousiasme à apprendre à rentrer dans le rang, à chercher de plus mauvais résultats, voire à entrer en conflit avec des profs pour être à nouveau admis dans le groupe…

« Grosse vache, gros cul… » : à l’origine d’une vraie exclusion des élèves en surpoids. Ces élèves sont moqués quand ils mangent, quand ils font du sport notamment, on évite souvent leur compagnie dans un monde où l’apparence est reine ; ils développent parfois des réactions de dépression, de relation malsaine avec la nourriture…

« Segpa (le mot lui-même est jeté comme une insulte), demeuré, débile » : là, l’injure s’adresse soit à des élèves du collège qui ne font pas partie de la section mais qui sont en difficulté soit à des élèves faisant partie de la section d’enseignement spécialisé et dont on veut souligner la différence. Cette barrière verbale est très efficace, les deux populations d’un même collège ne se mélangeant pratiquement pas.

« Sale arabe… » : dans un collège peu marqué par les différences d’origine, il existe malgré tout une vraie tendance à exclure sur des critères racistes. L’affrontement est plus affirmé alors, détermine des groupes, rarement de l’isolement.

« Balance ! » : une pression réelle visant à maintenir une certaine étanchéité entre les adultes et les adolescents. Tout doit être réglé dans le « milieu » : celui qui ne respecte pas la loi du milieu est rapidement estampillé.

« Une vraie pute ! » : vêtement un peu « féminin », petite jupe… Pour la fille, l’étiquette peut arriver très vite sous la forme de ces quolibets qui poussent souvent à modifier ses choix…

Commentaires

Agnès Dibot a dit…
Intéressante, cette enquête sur la violence verbale. Je pense que les élèves de George Sand pourraient, d'une certaine façon, contribuer à votre article en ajoutant, s'ils le souhaitent, si vous les acceptez, leurs mots (leurs maux ?) à eux.
"SEGPA" et autres existent chez nous aussi, a enfin disparu le "sale feuj", mais il me semble entendre ici et là, d'autres insultes étonnantes.
Mes élèves, vous avez la parole dans les commentaires, n'hésitez pas.
Jacques a dit…
Nous sommes très preneurs de vos commentaires pour nourrir notre enquête. C'est d'ailleurs un peu pour ça qu'on la publie sur le blog... Merci d'avance
Agnès Dibot a dit…
Les georgesandiens vous font parvenir leur florilège d'insultes, à recueillir auprès de monsieur Arfeuillère.
A retenir : l'insulte est plus ou moins "communautaire" : il y a les insultes destinées aux arabes (rebeu), aux noirs (renois), et les insultes utilisées uniquement par les gitans (manouches)vers les gadjés. Les "gaullois" ne sont pas épargnés... Tout ceci est violent, oreilles sensibles s'abstenir.