Dans la peau de J.A.




Ce matin, dimanche 16 septembre, est un grand jour. Ce ne sera pas un dimanche ordinaire (grasse matinée, copies à corriger -eh oui, déjà-, cours à réviser, blog à modérer, à alimenter, cartable à boucler : qui a dit, déjà, que les profs ne travaillaient pas ?). Non, aujourd'hui, dimanche, j'ai rendez-vous avec mon destin. A la fête des associations de Naintré. "Mon destin", un bien grand mot, direz-vous. A vous de juger ! (Non, on se croirait sur TF1, toutes mes excuses). J'ai rendez-vous à la fête des associations avec un... JOURNALISTE !




Pas banal, n'est-ce pas ? Ca vous pose une petite prof de français, ça, un dimanche matin sur les pas d'un journaliste, non ? Ma mission ? Suivre le Grand Homme dans sa séance de reportage pour la Nouvelle République, et jouer à mon tour le rôle de reporter : donner à voir sur le blog à mes élèves et à ceux de mes collègues de Descartes un journaliste journalisant. Vous me suivez ? C'est, autrement dit, un reportage dans le reportage, "une mise en abyme", dirait un professeur de français homologué. (Mais si, mes élèves, je suis parfaitement homologuée, estampillée Education Nationale, ne craignez rien, vous aurez votre Brevet...).


Le Grand Homme n'a pas précisé s'il souhaitait conserver l'anonymat : dans le doute, et par respect pour sa modestie naturelle, nous le nommerons sobrement J.A. Bien entendu, si vous le reconnaissez sur la photo, vous pourrez vous gargariser de connaître un journaliste. Journaliste, à ce propos, il ne l'est pas vraiment. Non, J.A. joue au journaliste, sa fonction précise au sein de l'entreprise Nouvelle République, c'est "correspondant local". Il n'a pas de carte de presse, n'a pas fait d'école de journalisme, malgré sa grande culture des médias. Pour le curriculum vitae de J.A., relisez le très bel article dans la N.R. du 6 septembre, au sujet de la classe journalisme de Descartes. Tout y est dit. Pour votre gouverne, correspondant local, c'est, en quelque sorte, un relai de l'information locale auprès des rédactions.


Fin du préambule. Il est tôt ce matin, me voici parée, impatiente de retrouver mon correspondant-journaliste au point de rendez-vous : le stand barbe-à-papa. Je suis en avance, trompe l'ennui en arpentant le bric-à-brac-vide-grenier des autochtones. Un attroupement devant le stand "Associations sportives et culturelles" ? Je me faufile : mon journaliste est bien là, à pied d'oeuvre ! Chut, il est même en plein travail d'interview. Calepin orange en main, il arbore un air sérieux à faire pâlir Benoît XVI. Il prend des notes, la main alerte, le geste sûr. Il va vite. J'exhibe mon appareil-photo, mon reportage débute. Premier cliché, premier regard interrogateur de l'interviewée : "Ne changez rien, madame, ne vous gênez pas pour moi, je fais un reportage sur le reporter." Me voici un peu paparazzi sans le vouloir...


J.A. vaque à ses interviews de stand en stand, on l'interpelle de-ci, de-là : il est connu comme le loup blanc, ici ! De poignée de main en photo, il prend des notes, ouvre l'oeil, et le bon, s'intéresse, questionne. Il s'attarde auprès du président d'une association de cyclistes (dont le nom m'échappe : à l'avenir, un conseil, pour partir en reportage, imiter le Maître et se munir d'un calepin orange, prendre des notes...), discute un brin avec monsieur le maire de Naintré, croise et salue son homologue de centre Presse, admire des maquettes -ou fait mine de s'intéresser, allez savoir, avec les maquettes... écoute un air de fanfare, et me confie chercher un angle pour mettre en évidence le côté festif de la journée. Il cherche un angle, une photo, LA photo pour illustrer son article : tiens, et ce joli petit garçon brun sur le petit train ? Quelle jolie bouille ! Allez, souris, petit, tu seras peut-être dans le journal !


Interrogé par mes soins sur sa présence en ces lieux, J.A. affirme "La fête des associations est un évènement important dont il faut parler dans le journal." Cela, c'est justement le sujet de son article. Que nous lirons tous dans la N.R. la semaine prochaine. Mais mon journaliste parle déjà de partir : eh oui, un correspondant local a une vie de famille ! Et ce sera bientôt l'heure du repas dominical. Avant de se quitter, un moment de doute : où est passé le bloc-notes orange ? Egaré sur la table d'un stand au moment d'une prise de vue ? Vite, vite, fouillons le sac du journaliste. Ouf ! Il est là, il est bien là, sagement "rangé" au milieu d'objets divers et variés dont la logique de classement m'échappe. Comme tout bon journalsite, J.A. vérifie qu'il tient bien son sujet, il peut quitter la fête.


L'attendent à présent de longues heures devant l'ordinateur, à la recherche d'un titre, d'une accroche, d'un angle, de LA photo (ben, et ce si joli petit garçon brun, alors ?) pour faire beau et donner envie de lire son texte, pour donner à comprendre que la fête des associations, c'était une belle fête, sous le soleil. Pour dire qu'une assocation, c'est destiné à mieux vivre ensemble.


Quant à moi, me voici convaincue, ou plutôt, confirmée dans ma conviction : journaliste local, c'est une façon particulièrement généreuse de s'engager, de donner de son temps pour informer autrui. N'est-ce pas un bel exemple de citoyenneté ?

Commentaires

severine lenhard a dit…
Encore une photo de J.A et toujours le même ticheurte... Être correspondant local à la NR c'est vraiment un sacerdoce !
Jacques a dit…
Le corresponadant est tombé dans l'abime ! Tous ses scerets dévoilés, son incognito massacré : même de dos, il est grillé, on reconnaît sa tenue de travail. Fini le journalisme d'investigation...